RENCONTRE. La
possibilité d'une vie extraterrestre fait rêver, et certains
l'envisagent avec optimisme. Ainsi, après l'annonce de la découverte
d'un océan sur Encelade, la lune de Saturne, le Dr Seth Shostak du SETI
(l'Institut pour la recherche d'une intelligence extraterrestre) n'avait
pas hésité à déclaré : "Nous trouverons une vie dans l'espace d'ici la fin du siècle". Mais à quoi pourraient ressembler ces extraterrestres ? Quelles conditions doivent être réunies pour qu'une autre vie puisse émerger dans le cosmos ? Pourra-t-on un jour entrer en contact avec eux (si Seth Shostak a vu juste !) ? Et comment ? En complément du dossier de couverture de Sciences et Avenir 798 (daté août 2013),
nous avions filmé cet entretien avec le scientifique J. Sébastien
Steyer qui s'est interrogé sur ces questions (même s'il fait partie des
sceptiques, déclarant notamment qu'une "vie extraterrestre est
envisageable mais peu probable"). J. Sébastien Steyer est
paléontologue (CNRS) au Département Histoire de la Terre du Muséum
National d'Histoire Naturelle (MNHN). C'est aussi un passionné de
science-fiction qui réfléchit donc à quoi pourrait ressembler une vie intelligente (ou pas) ailleurs que sur Terre.
Dans cette séquence, vous découvrirez... le crâne d'un Alien de type
Roswell : une réplique évidemment imaginaire, mais construite à partir
de réelles considérations scientifiques. Et qui permet, selon
l'expression de J. Sébastien Steyer, de faire non pas de la
science-fiction, mais de la "fiction scientifique" (celle-là même qui nous a aussi permis de faire dessiner un extraterrestre scientifiquement plausible dans Sciences et Avenir 765).
En 2007, Sciences et Avenir posait la questions à deux scientifiques qui ont un point de vue très différent sur la question.
Alien artwork SCIENCE PHOTO LIBRARY
Sommes
nous seuls dans l'Univers ? Cette question trotte dans la tête de tous
ceux qui ont pris le temps de lever les yeux en direction des étoiles.
Et la découverte toute récente d'une exoplanète
idéalement située pour héberger la vie relance une fois de plus cette
lancinante question. Cette question, Sciences et Avenir l'avait posée en
novembre 2007 à deux astronomes. André Brack, exobiologiste, directeur
de recherche émérite au Centre de biophysique moléculaire du CNRS à
Orléans ; et Michel Mayor, astrophysicien à l'observatoire de Genève.
Comme vous pouvez le constater dans l'article ci-dessous, la réponse à
l'existence ou non d'une vie extraterrestre ne fait pas consensus au
sein de la communauté scientifique.
Céleste. En 1995, l'astrophysicien suisse a découvert la première planète extrasolaire.
Michel Mayor à La Silla, dans le désert d'Atacama, au Chili, en 2007, où est installé l'Observatoire européen austral.E. Martin - Ciel et Esp À 71 ans, il a toujours la tête dans les étoiles. Ou, plutôt, dans
les planètes. Michel Mayor, l'astrophysicien suisse qui a découvert la
première planète - 51 Pegasi b - hors du Système solaire, avec son
doctorant Didier Queloz, n'a pas du tout envie de décrocher. Sous son
impulsion, l'université de Genève, où le chercheur est professeur
émérite, fait toujours la course en tête avec 250 planètes découvertes à
son actif, le quart du tableau de chasse mondial ! Le mois dernier,
Mayor et Queloz ont raté le Nobel d'un cheveu, au profit de découvreurs
de l'infiniment petit, le boson de Higgs. Ce n'est que partie remise.
Dans
les années 60, jeune physicien, c'est le hasard qui lui met le pied à
l'étrier céleste. "Je venais de terminer mes études, je suis tombé sur
une annonce recherchant un doctorant en astrophysique. J'y suis allé,
j'ai discuté, et ça m'a plu. Mais j'aurais aussi bien pu faire de la
géophysique, qui me passionne également." Les astrophysiciens doivent
être également des bricoleurs de génie pour concevoir de nouveaux
appareils capables d'analyser les images fournies par les télescopes.
C'est ainsi que Michel Mayor et un opticien de Marseille, André Baranne,
élaborent des spectrographes de plus en plus puissants pour mesurer les
variations de vitesse des étoiles, indice probable de la présence d'une
ou de plusieurs planètes. Après, ce n'est plus qu'une question de
patience pour passer en revue de nombreuses étoiles. Un jour, bingo,
Elodie - leur dernier spectrographe - relève un frétillement de l'étoile
51 Pegasi que rien ne peut expliquer, sinon la présence d'une planète.
"Ça s'est passé à l'automne 1994. Mais nous avons d'abord fortement
douté, car nos mesures donnaient un objet céleste doté d'une masse
presque équivalente à celle de Jupiter, tournant autour de son étoile en
seulement 4,2 jours." Stupeur et tremblements du maître et de l'élève.
Comment une planète aussi massive pouvait-elle posséder une période
aussi courte ? Pour confirmer leur trouvaille, il leur a fallu attendre
la saison d'observation suivante. "En juillet 1995, on s'est retrouvés
tous les deux à l'Observatoire de Haute-Provence pour voir si le
phénomène se perpétuait avec la même période, la même amplitude, la même
phase." La réponse est oui !"A ce moment-là, on était sûrs d'avoir
trouvé les preuves de l'existence d'une planète."
"Mafia Mayor"
L'annonce
de la découverte déclenche un tsunami dans le monde. On s'arrache les
deux chasseurs de planètes, même si certains astrophysiciens doutent.
Tant de fausses annonces se succèdent... En 1999, le dernier soupçon est
levé avec la découverte du premier transit d'une planète devant son
étoile. Cette fois, c'est confirmé, Mayor et Queloz ont bien découvert
une exoplanète. Dès lors, la chasse est officiellement lancée. Dans le
monde entier, les astrophysiciens veulent trouver leur planète, si
possible habitable. Pas question pour Michel Mayor de se reposer sur ses
lauriers. Grâce à sa première découverte, l'argent afflue. Il fait
construire un spectrographe encore plus précis, capable de détecter une
variation de vitesse de 1 mètre par seconde : c'est Harps, qu'il
installe sur un télescope de l'Observatoire européen austral (ESO) situé
à La Silla, au Chili, afin d'observer le ciel de l'hémisphère Sud.
"C'est une machine fantastique qui reste encore, et de loin, le
spectrographe le plus précis", s'enthousiasme-t-il. Son équipe
d'astronomes est passée de trois à vingt. Ses rivaux, un peu jaloux,
parlent d'une "mafia Mayor". Il ne dément pas. En 2007, il a cosigné la
découverte de la première planète aux caractéristiques terrestres,
Gliese 581 c.
Aujourd'hui, même s'il a officiellement passé la
main, Michel Mayor continue à s'activer. Il surveille ainsi de près la
construction d'un nouveau spectrographe, au Chili. Avec un intérêt
particulier pour les toutes petites planètes. "Cela ne me surprendrait
pas qu'on trouve de la vie sur une planète, mais pas tout de suite, dans
une ou deux générations..."
"Nous trouverons une vie dans l'espace d'ici la fin du siècle"
En
2014, un océan était détecté sur l'une des lunes de Saturne. De quoi
conforter certains astronomes dans la certitude que nous
découvrirons bientôt une vie extraterrestre.
Selon la NASA, un océan pourrait être caché sous la croûte glacée d'Encelade, l'une des lunes de Saturne. NASA
OCÉAN. La NASA a annoncé en 2014 la découverte d'un
océan sur l'une des lunes de Saturne, Encelade. D'après les mesures de
la sonde Cassini, une grande quantité d'eau liquide serait cachée sous
sa surface de glace. Un environnement favorable à la vie ? Ces nouvelles données ne manqueront pas d'alimenter le questionnement des scientifiques sur l'existence possible d'une vie extraterrestre. Mais pour le Dr Seth Shostak du SETI (Search for Extra-Terrestrial Intelligence Institute), il n'y avait de toute façon pas de doute : "Nous trouverons une vie dans l'espace d'ici la fin du siècle", avait-il affirmé lors de la convention dédiée à l'innovation de la Commission européenne en mars 2014.
Le débat est vif parmi les scientifiques sur l'existence possible d'une vie extraterrestre
CERTITUDE. "Il
y a 150 milliards de galaxies autres que la nôtre, chacune avec
quelques dizaines de milliards de planètes similaires à la Terre", avait-il déclaré. "Si
la Terre est le seul endroit dans l'Univers où quelque chose
d'intéressant s'est passé, alors c'est un miracle. Et 500 ans
d'astronomie nous ont enseigné que lorsqu'on croit aux miracles, on a de
fortes chances de se tromper".
Même
si elle prend plus de précautions, le Dr Suzanne Aigrain, maître de
conférence en astrophysique à l'université d'Oxford, est du même avis. "Nous
ne sommes pas loin de pouvoir dire avec un degré de certitude élevé que
les planètes comme la Terre, c'est à dire des planètes habitables, sont
assez nombreuses dans l'Univers..." répondait-elle en 2014.
"Voilà pourquoi, lorsqu'on demande si je crois qu'il y a de la vie sur
d'autres planètes, je lève la main et je le fais en tant que
scientifique, car la probabilité est extrêmement forte." Des propos que Michel Viso, exobiologiste au CNES, préférait relativiser. "Ces
affirmations sont très optimistes, mais ne sont pas fondées directement
sur les connaissances que nous possédons à l'heure actuelle". Car jusqu'à présent nous n'avions pas trouvé d'eau liquide sur un astre de notre système solaire, ni au-delà. Illustration
de la lune Encelade montrant la présence d'un océan au pôle sud, sous
une épaisse couche de glace. NASA/JPL-Caltech.
La détection d'eau liquide sur une lune de Saturne pourrait changer la donne
OCÉAN.
La donne va-t-elle changer avec cette nouvelle découverte de la NASA
portant sur un satellite glacé de Saturne et publiée dans le magazine Science.
En 2005, les astronomes avaient détecté des jets de vapeur d'eau
s'échappant de plusieurs trous près du pôle sud d'Encelade - l'une des
53 lunes connues de Saturne. Une découverte qui avait déjà soulevé à
l'époque l'hypothèse de la présence d'un lac. "Ces jets près du pôle
sud d'Encelade contiennent de l'eau salée et des molécules organiques,
les ingrédients chimiques élémentaires pour créer la vie",
explique Linda Spilker, chef du projet Cassini à la NASA. La Nasa
publiait plus tard un communiqué annonçant que les données recueillies
par Cassini confirment l'hypothèse d'un océan sous la surface de la lune
gelée. Les mesures du champ gravitationnel d'Encelade indiquent en
effet la présence d'une masse plus dense au pôle sud, probablement de
l'eau liquide.
Il ne faut pas tirer de conclusions hâtives"
PRUDENCE. "Dès qu'on parle d'eau liquide, on s'interroge sur la présence possible de la vie", expliquait Michel Viso. "Il
n'est pas inenvisageable que la vie puisse exister sur Encelade car
nous sommes en présence d'eau liquide, d'une source de chaleur donnant
naissance aux jets de vapeur et de molécules organiques.
Mais il ne faut pas tirer de conclusions hâtives, souligne-t-il car
aujourd'hui nous n'avons aucune preuve de l'existence d'organismes
vivants." Pour les recueillir, il faudrait selon lui commencer par
analyser plus finement la composition des jets de vapeurs d'eau émanent
de l'astre, à la recherche de molécules organiques complexes.
SÉRIE. Les exploits du rover Curiosity nous
tiennent en haleine depuis son arrivée sur Mars le 6 août 2012. Mais le
robot de la Nasa n'a pas détecté, hélas, la moindre molécule de vie sur
la planète Rouge. Cela ne veut pas dire que notre voisine n'a jamais
été habitée. Le nouvel épisode de la série vidéo Space Live dévoile ce
que l'on sait vraiment de la vie sur Mars... Après ceux consacrés à Rosetta, à Gaia, à l'entraînement de Thomas Pesquet pour l'ISS et au programme Copernicus, cet épisode est le dernier de l'été 2014.
Cette
affirmation vient d'une équipe internationale de chercheurs. Ils ont
analysé des indices prélevés sur une météorite martienne retrouvée dans
le désert marocain.
Un fragment de la météorite de Tissint (Alain Herzog - EPFL)
PROPICES. En mars 2013, les équipes supervisant le robot Curiosity (qui explore actuellement le sol de la planète Mars)
affirmaient que la planète Rouge avait, autrefois, présenté des
conditions environnementales propices à l'apparition de la vie.
Mais entre "conditions propices à l'apparition de la vie" et "présence passée de vie", il y a un gouffre... que vient de franchir une équipe internationale de chercheurs suisses, allemands, chinois et japonais. L'analyse d'une météorite martienne tombée récemment (le 18 juillet 2011) au sud du Maroc, dans la région de Tissint,
aurait livré des informations laissant à penser que la vie serait
apparue sur Mars il y a plusieurs centaines de milliers d'années. Plusieurs éléments
ont poussé les chercheurs à cette conclusion qu'ils exposent dans un
article publié en couverture du dernier numéro (décembre 2014) du
journal Meteoritics and Planetary Sciences.
1. La météorite vient bien de Mars
Comment
être certain que ce fragment de roche tombé sur Terre le 18 juillet
2011 provient bien de Mars, et pas d'un autre corps céleste ?
Les
chercheurs l'ont confirmé en analysant finement sa composition. La
météorite de Tissint contient de très faibles quantités de certains
éléments chimiques appelés "terres rares" (qui, contrairement à ce que
leur nom indique, sont assez répandus à la surface de la Terre). Les terres rares sont encadrées en noir dans ce tableau de classification périodique des éléments. Crédit : Wikipedia. POCHES. "La roche présente un profil très pauvre en terres rares "légères" (Scandium, Lanthane, Cérium... NDLR) caractéristique des roches que l'on trouve à la surface de Mars" expliquent les chercheurs dans la publication.
Toutefois,
cette confirmation n'était pas réellement nécessaire puisque cette
météorite, depuis sa découverte a été étudiée sous toutes les coutures
par de nombreuses équipes. "Son origine martienne a été confirmée dès les premières études et elle n'est plus remise en cause aujourd'hui" précise Philippe Gillet, chercheur à l'École polytechnique fédérale de Lausanne et co-auteur de l'étude Les
chercheurs précisent également que la roche montre des signes de
plusieurs chocs d'une extrême violence, au point de créer des poches et
des fissures à l'intérieur. Et c'est à l'intérieur de ces fissures, au
plus profond du cœur de la roche, que les chercheurs ont débusqué des
molécules organiques.
2. La météorite contient des molécules organiques
De
quoi s'agit-il ? Une molécule organique est une molécule qui contient
du carbone et de l'hydrogène, associée ou non à d'autres composés. En
quoi est-ce important ? Parce que pratiquement toutes les molécules
issues d'une activité biologique sont des molécules organiques.
Autrement dit, la découverte de molécules organiques peut être la
signature de la présence d'une vie (actuelle ou passée) telle qu'on la
connaît sur Terre. CARBONE. "La découverte de molécules organiques constitue donc un indice, mais pas pour autant une preuve de l'existence d'une vie" relativise Michel Viso, exobiologiste au CNES. Prenons par exemple le méthane (CH4). Sur
Terre, plus de 90 % des émissions de cette molécule organique dans
l’atmosphère sont d’origine biologique. Mais le méthane peut également
être produit naturellement par d'autres mécanismes chimiques
indépendants du vivant. Par exemple, par la réaction entre
divers carbonates (CO32-) et de l'eau (H2O). La découverte de molécules organiques n'est donc pas forcément une preuve de vie. D'autant plus que cette météorite de Tissint soulève une autre question de taille. Les molécules organiques qu'elle contient ne s'y sont-elles pas logées au moment de sa chute sur Terre ? TERRESTRE. "La contamination terrestre des roches martiennes est un problème majeur dans ce type d'études"
reconnaît la publication. Mais les chercheurs rappellent que cette
météorite présente l'avantage d'être "fraîche". Elle est tombée en 2011
et a été récupérée 3 mois à peine après sa chute, chiffre la
publication. Un temps que les chercheurs estiment trop court pour que
des molécules organiques aient pu s'infiltrer aussi profondément dans
les plus petites fissures de la roche. "La plupart de la matière organique a été retrouvée dans des veines rocheuses d'un diamètre inférieur à 10 micromètres"
précise la publication. Insérer de la matière organique aussi
profondément au cœur de la roche nécessite par ailleurs l'action de
l'eau qui véhiculerait ce "fluide organique". Mais l'eau est
justement relativement rare dans l'environnement aride du désert
marocain, rappellent les chercheurs. L'image
(a) montre une fracture dans une portion de la météorite constituée
principalement d'Olivine (Ol). Le carré pointillé jaune montre une
concentration de matière organique à l'extrémité de cette veine. La
photo (b) est un zoom sur cette portion du carré jaune. Crédit Meteoritics & Planetary Science.
3. Cette matière organique semble venir de Mars
En
quoi consiste exactement cette matière organique retrouvée dans la
météorite ? Il s'agit d'un "kérogène", c'est à dire une sorte de goudron
contenant des composés tels que du carbone (C) et de l'hydrogène (H)
mais également de l'azote (N), de l'oxygène (O), du chlore (Cl) du fluor
(F) du soufre (S) et du phosphore (P). COMPOSITION.
Les chercheurs ont mesuré dans ces échantillons de matière organique le
rapport entre la quantité d'hydrogène et de l'un de ses isotopes
naturels : le deutérium. Ils ont constaté une grande richesse en
deutérium (+324 ‰ à +1183 ‰ par rapport aux standards terrestres), "caractéristique des matériaux que l'on retrouve habituellement sur Mars"
précise la publication. En effet, sur Terre, la matière organique est
plutôt pauvre en deutérium. Cette matière organique est donc assez
différente dans sa composition de celle que l'on a l'habitude de
rencontrer sur Terre. De ce fait, il est impossible qu'elle provienne
d'une contamination de l'échantillon par de la matière organique
terrestre. Les chercheurs en déduisent donc que ces inclusions de
matière organique à l'intérieur de la roche ont été effectuées à la
surface de la planète Mars.Autre élément qui soutient cette affirmation :
une partie de la matière organique contenue dans la météorite a été
transformée en diamant sous l'effet d'un impact colossal. Un
impact suffisamment puissant... pour éjecter ce fragment de sol martien
dans l'espace.
4. Le rapport isotopique laisse penser à une origine biologique
Reste
donc la plus épineuse des questions : quelle est l'origine de cette
matière organique ? S'agit-il d'une simple suite de réactions chimiques
ou du résultat d'une activité biologique caractéristique de la vie ? Des études précédentes
conduites sur cette même météorite en 2012 penchaient pour la première
hypothèse. Cette matière organique proviendrait de la cristallisation à
très haute température du magma à partir duquel s'est formé la
météorite. ISOTOPES. Mais selon Philippe Gillet,
le scénario le plus probable est que ce kérogène ait été déposée à basse
température dans ces fissures près de la surface de Mars, par
infiltration d’un liquide riche en composés organiques... d'origine
biologique. Pourquoi biologique ? La réponse provient de l'analyse des
quantités respectives des isotopes du carbone. En effet, le carbone
existe sous forme de plusieurs isotopes : 12C et 13C (stables), 14C
(radioactif). Or, dans le monde vivant, les cellules photosynthétiques
(autrement dit végétales) ont tendance à fixer plus facilement le
carbone 12 que le carbone 13. De ce fait, au fil de la vie d'une plante,
son taux de 12C augmente petit à petit tandis qu'on observe un déficit
de 13C.
L'observation d'un tel décalage dans le rapport isotopique
de la matière organique plaide pour la signature d'une activité
biologique. En effet, si cette matière avait été produite
par une simple réaction chimique, la quantité de carbone 12 et de
carbone 13 retrouvée dans les échantillons de matière organique aurait
dû être très proche de celle que l'on rencontre dans l'atmosphère
martienne.
Or, tel n'est pas le cas. Les chercheurs ont
découvert ce taux caractéristique particulièrement bas de l'isotope de
carbone 13 dans la matière organique que renferme la météorite de
Tissint. Et les relevés montrent que cette différence de rapport
isotopique (13C)/(12C) est la même que celle que l'on rencontre sur
Terre entre de la matière organique d'origine biologique (du
charbon par exemple) et le carbone de l’atmosphère terrestre... Pour les
chercheurs, seule une activité biologique peut être responsable d'un
tel décalage dans les isotopes de carbone. Si ces
scientifiques ont raison, cela veut dire que Mars a bien accueilli, dans
son lointain passé, une forme de vie semblable à celle que l'on trouve
aujourd'hui sur la Terre. L'EPFL s'est amusée à mettre cette hypothèse
en image sous la forme d'un petit dessin animé (en anglais). On y voit
le sol martien tel qu'il était il y a plusieurs centaines de millions
d'années, puis l'impact d'une météorite sur le sol de la planète rouge.
Un fragment de sol est arraché et va dériver dans l'espace pendant
700.000 ans (âge estimé de l'exposition solaire de la météorite de Tissint) avant de tomber sur Terre.
il est à la recherche d'une intelligence extraterrestre
L'astrophysicien
disait récemment redouter l'intelligence artificielle. Il prône en
revanche un contact avec celle des Aliens, via le programme
"Breakthrough Listen" lancé le 20 juillet 2015.
92 millions d'euros.
C'est le coût de la communication avec les extraterrestres. En tout cas
la somme avancée pour le projet "Breakthrough listen", soutenu par
l'entrepreneur (et physicien) russe Youri Milner. Ce programme a été
lancé lundi 20 juillet 2015 à la Royal Society Science Academy de Londres par le fameux Stephen Hawking. Après avoir fait l'actualité d'Hollywood avec le film consacré à sa vie sentimentale "Une merveilleuse histoire du temps",
l'astrophysicien revient sur la scène scientifique en portant cette
initiative présentée comme la plus ambitieuse jamais entreprise pour
trouver un signe d'intelligence extraterrestre. "De toute manière,
il n'est pas de plus grande question. Il est temps de s'engager à
trouver la réponse, de rechercher la vie au-delà de la Terre. Il faut que nous sachions",
a ajouté le scientifique, célèbre pour ses travaux sur les trous noirs
et ses ouvrages de vulgarisation scientifique. Pour mener à bien ces
recherches, le projet utilisera les moyens des plus puissants
télescopes. De quoi tenter de débusquer la manifestation
d'une activité intelligente, comme une fréquence radio ou un rayon
laser. "Breakthrough Listen" sera mené en partenariat avec le projet
"Breakthrough Message", un concours international visant à créer des
messages permettant à une intelligence extraterrestre de se figurer ce
qu'est notre humanité. "Une civilisation lisant un de nos messages pourrait avoir des milliards d'années d'avance sur nous", a dit Stephen Hawking, 73 ans.
Ne pas frayer avec Terminator
Ces extraterrestres "seraient largement plus puissants et pourraient ne pas nous accorder plus d'importance qu'une bactérie n'en a pour nous"... Le britannique montre en tout cas plus d'empressement à contacter E.T. qu'à frayer avec Terminator. Dans une interview à la BBC de décembre 2014, il mettait en garde : "Je pense que le développement d'une intelligence artificielle autonome pourrait signer la fin de l'humanité". Peut-être évoluera-t-il sur le sujet, comme il l'a fait pour les extraterrestres ? Dans son livre The Grand Design, dont Sciences et Avenir se faisait l'écho en novembre 2010 dans notre numéro 765, Stephen Hawking écrivait : "Ne
tentons pas de contacter les extraterrestres ! S'il nous rendaient
visite, nous nous retrouverions dans la même situation catastrophique
que les Indiens lorsque Christophe Colomb a débarqué en Amérique !".
Sur Kepler-452b ou ailleurs, peut-on découvrir une vie extraterrestre ?
La
même semaine, la Nasa annonce la découverte de Kepler-452b et Stephen
Hawking lance un projet pour découvrir la vie extraterrestre. Peut-on y
croire ? Les réponses en vidéo d'un exobiologiste.
VIE.
C'est une découverte évidemment haletante qu'a annoncée la Nasa le 23
juillet 2015. Le télescope Kepler de l'Agence spatiale américaine a
permis de découvrir une exoplanète qui se situe dans la zone habitable
de son étoile, dont le rayon est d'environ 1,6 fois celui de la Terre et
qui parcourt son orbite en 384 jours. Bref, Kepler-452b est une "super Terre".
En avril 2014, une équipe internationale d’astronomes (dont trois
chercheurs du laboratoire d’Astrophysique de Bordeaux) avait repéré une
autre exoplanète, Kepler-186f, gravitant
elle aussi dans la zone habitable de son étoile et également
d'une taille presque identique à celle de la planète Bleue. Si
Kepler-452b et Kepler-186f sont des planètes rocheuses (ce qui reste à
démontrer), on peut espérer que de l’eau liquide puisse demeurer à sa
surface... Et donc que la vie puisse y apparaître ? Peut-on réellement
l'espérer, sans basculer dans la science-fiction la plus débridée ?
(Après tout, le médiatique astrophysicien Stephen Hawking a bien lancé le 20 juillet 2015 le programme "Breakthourgh listen", dont c'est précisément l'objet). Sciences et Avenir a posé la question à Michel Viso, exobiologiste au CNES.
Nous vous proposons de retrouver cet entretien "existentiel" tourné en
août 2013, lorsque Curiosity, le vaillant petit robot de la Nasa avait
découvert la présence d'eau liquide par le passé.
Quels sont les éléments nécessaires à l’apparition de la vie ?
Comment passe-t-on de la chimie à la vie ?
S’il y avait de la vie sur Mars, sous quelle forme Curiosity pourrait-il la trouver ?
Peut-on détecter une vie extraterrestre en la scrutant depuis notre planète ?